Stéphanie témoigne

Les « P’tites Bulles en Couleurs » face au désir d’apprendre

Je suis Stéphanie. Avec une amie enseignante, nous avons créé « Les P’tites Bulles en Couleurs » qui sont une association destinée à accompagner les enfants et les adultes qui sont en difficulté avec les apprentissages de base, avec d’éventuelles conséquences négatives en termes de perte de confiance, de phobies, etc.

Mes références

Ma pratique professionnelle s’appuie sur mon expérience personnelle et des formations à plusieurs pédagogies alternatives, notamment la pédagogie Gattegno qui utilise la « lecture en couleurs » et en mathématiques les « réglettes Cuisenaire » pour matérialiser, conscientiser les connaissances mathématiques et grammaticales.

J’ai également développé une pratique d’enseignement utilisant la pédagogie Steiner, et me suis intéressée aux outils Montessori

L’ensemble de ces connaissances et leur mise en pratique m’ont conduite à considérer qu’il était injuste de penser que les personnes n’étaient « pas bonnes, pas en capacité de… ». Toute personne est en fait en capacité de trouver un chemin pour dépasser ses difficultés, si on l’aide à trouver le chemin qui lui est propre

Les outils cités sont utiles, indispensables, mais c’est surtout la pédagogie qui joue un rôle central en centrant la réflexion sur ce qu’est un apprenant et sur l’accompagnement de la démarche de ce dernier

Les démarches desquelles je m’inspire se différencient des modèles formatés qui orientent les manières classiques d’enseigner

Le lieu d’enseignement

L’accompagnement des enfants se fait aujourd’hui dans un local près de mon domicile, mais le projet est que cela puisse se faire dans un lieu, une yourte, qui ne ressemble pas à une salle de classe, de manière à casser les codes « apprendre, être bon ou pas bon » qui puisse être démultiplié et installé dans des lieux tels que des cours d’écoles qui seraient volontaires, permettant, par exemple, quand ça ne va pas bien, de pouvoir retrouver cette confiance, de la cultiver

Le lieu, la campagne touche à ce qu’il y a de plus sensible en nous. C’est un plus qui permet à des enfants en très grande difficulté d’être sensibilisés et reconnectés aux rythmes des saisons, de la nature, qui offrent des motifs d’apprentissage, tels que le changement, le confort et l’inconfort, d’autres manières d’écrire dans le sable ou dans la gadoue, etc.

Ce que proposent les p’tites bulles, c’est justement de changer de regard, de changer sa position, aussi bien pour l’apprenant que pour celle ou celui qui accompagne

Ma posture d’accompagnante

Je n’ai pas de programme préparé, préconçu, avec un déroulement de cours. Je prends les personnes telles qu’elles sont. Chaque enfant, chaque adulte est une nouvelle rencontre. Il ne s’agit pas de dérouler un cours mais d’être avec la personne, toute à son écoute, pour comprendre son cheminement dans la conscientisation de l’apprentissage du calcul, de l’écriture, de la lecture, de sa re-familiariser avec des règles de grammaire, ou simplement dans son plaisir de re-découvrir, de développer ses capacités à dessiner, d’imagination

Je suis toute à l’écoute pour déceler ce qui fait plaisir à l’enfant ou à la personne, qu’est-ce qu’il aime, par quoi est-il naturellement attiré, vers où il va. On part de là, de ses sensibilités de ses capacité à explorer. L’idée majeure est qu’il n’y ait pas de contrariété, de conflits, entre ce qui est proposé comme accompagnement et les capacités des personnes

Un bien être est créé rapidement qui, facilitant l’usage des capacités utilisées couramment, favorise la sollicitation d’autres capacités moins naturellement mobilisées

Qui est accompagné ?

Des enfants, des personnes qui ont des phobies scolaires, qui sont dyslexiques, dyspraxiques, dysgraphiques bien que je ne sois pas spécialiste de ces dysfonctionnements. Les outils pédagogiques utilisés peuvent même être préventifs

Je le dis aux parents, j’accompagne les processus d’apprentissage, et c’est à vous parents de me dire si, tout de suite, vous percevez un mieux être pour l’enfant, son rapport à l’école, et pour votre rapport avec l’école

Sinon, cela signifie que je ne suis pas la solution

L’enjeu est que ces enfants, très vite, n’aient plus besoin de moi. C’est le regard de l’enfant ou de la personne qui va changer et qui va lui permettre de se ré-insérer dans un système classique, sans rien changer de ce système

Pourquoi cet engagement ?

Ce qui m’a amenée à m’intéresser aux enfants en difficultés c’est que moi-même, enfant, j’ai posé des difficultés au système scolaire classique. J’ai croisé beaucoup d’enfants en souffrance, et on n’imagine pas le niveau de stress que génèrent des expressions telles que « tu n’es pas bon, pas au niveau, plus lent que les autres ».

D’ailleurs de nombreux adultes en témoignent souvent et ce sont des traces douloureuses

Dans notre société, moi qui cherchait depuis longtemps un moyen de la faire évoluer, de la rendre un peu plus juste, de faire de grandes et belles révolutions, j’ai compris en m’intéressant à la pédagogie, en lisant, en me formant, j’ai compris que, ça, c’était vraiment un chemin pour parvenir à une plus grande fraternité, une plus grande justice sociale, pour que notre société aille mieux, qu’on soit de cultures ou de milieux sociaux différents.

J’ai compris que cette souffrance liée à l’école, aux images plaquées sur quelqu’un « toi tu seras…, toi tu seras pas…, toi tu poursuivras, toi tu poursuivras pas », engageait l’avenir, l’autonomie de pensée, le bien être fondamental de la personne, voire sa santé.

Or, on a tous le droit d’apprendre, qui qu’on soit, quel que soit le lieu d’où l’on vient. Mais on aussi le droit d’être bon à l’école et c’est vraiment possible

J’ai expérimenté ces méthodes dans des écoles Steiner, mais je me suis rapidement dit qu’on ne pouvait pas les laisser se développer dans des univers parallèles destinés à des enfants ayant un accès privilégié, et qu’il fallait trouver un moyen de diffusion vers un milieu plus classique.

J’ai donc postulé comme auxiliaire de vie scolaire et ai été nommée deux fois auprès d’enfants autistes avec des comportements très handicapants à l’école, ne leur permettant pas d’être accueillis à plein temps.

Nous avons, les enseignants les parents et moi-même, vu ces enfants se métamorphoser, leur permettant de se passer de moi. Et moi pouvant me consacrer à d’autres enfants ayant des difficultés moins grandes ou autres. Et à chaque fois, jusqu’à maintenant, chacun a pu trouver son propre chemin

Des difficultés…, et pourtant ça marche

J’ai réalisé un dossier concernant mon projet, je l’ai présenté à des enseignants qui sont, eux, demandeurs.

Le plus dur, c’est de montrer à l’institution que ça marche et qu’elle reconnaisse que cette pratique peut trouver une place dans l’organisation qui évidemment doit alors gagner en souplesse, en capacité d’adaptation.

J’ai démissionné de mon statut d’auxiliaire de vie scolaire après avoir demandé une revalorisation de ce statut, sollicité l’inspection d’académie en proposant d’assister à mon travail, de rencontrer des enseignants et des responsables d’établissement. C’est l’absence de réponse favorable qui m’a amené à démissionner

Pourquoi le système éducatif ne s’empare t-il pas de ces méthodes pédagogiques et continue t-il à placer les personnes dans des cases ? Ce sont ces catégories qui cristallisent, amplifient les difficultés

J’ai évidemment des contacts avec les professeurs des enfants que j’ai accompagnés, par exemple un enseignant a demandé à son inspecteur l’autorisation permettant que je puisse passer une journée dans sa classe pour accompagner un de ses élèves

Je ne prend la place de personne et ne souhaite prendre la place de personne. L’enjeu est que je puisse être présente quand la situation le demande par exemple si un trop grand décalage se manifeste entre un enfant et le groupe, ou quand l’enseignant se trouve seul, désemparé

Je ne suis que cette « p’tite bulle » de respiration qui, quand ça ne va pas, qui permet qu’on se pose, qu’on reprenne son souffle, qui peut suggérer de ralentir ou d’accélérer le rythme de travail, qu’on adapte les outils de travail, qui prend le temps d’expliquer aux parents, ce que ne peuvent pas toujours les professeurs du fait du nombre d’enfants dans leurs classes

La demande existe, certes dans des familles en grande difficulté et qui sollicitent de l’aide, mais aussi dans des milieux sociaux divers avec des niveaux de formation élevés ou différents statuts sociaux. Je vois des parents chargés de culpabilité, ne comprennent pas ce qui fait que leur enfant n’arrive pas à apprendre, et ne savent pas répondre aux difficultés auxquelles ils sont confrontés. Notre société a conçu un modèle d’organisation autour de la connaissance qui crée de la douleur, de l’incompréhension, qui durcit les relations, génère de la violence dans la vie courante, et qui nous a éloignés les uns des autres.

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