L’empowerment en débat

Synthèse des travaux du Groupe Empowerment animé en 2011-2012 par Philippe Bernoux et Hervé Chaygneaud-Dupuy, à l’origine du Collectif des Envies d’Agir et de la création d’Agir Café Lyon

Incertitudes sur la notion d’empowerment

  • L’évidente séduction de l’expérience des London Citizens

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L’expérience de London Citizens séduit le groupe par son mode d’action à la fois radical et pragmatique. La logique des campagnes apparaît comme une manière intéressante de « prendre du pouvoir ».
Certains sont plus sensibles à la dimension « capacitation » d’un fonctionnement en réseau où l’on progresse personnellement par le partage d’une aventure commune ; d’autres sont davantage intéressés par la dimension « intervention » et son efficacité immédiate qui redonne du goût pour l’action publique.

  • En France, l’empowerment n’a pas d’évidence

« Est-ce que c’est de l’empowerment ? ». La question est revenue tout au long de nos travaux pour savoir si les initiatives prises en France relevaient ou non d’une dynamique d’empowerment. Le fait de se poser la question montre que cette culture nous est assez étrangère et que nous ne raisonnons pas, comme ça, spontanément.

Des habitants d’un immeuble qui s’organisent, des malades qui prennent en charge leur maladie (l’AFM), des personnes qui se lancent dans une démarche d’habitat partagé, des journalistes qui cherchent à donner une place aux citoyens dans leurs colonnes,… est-ce de l’empowerment ?
L’initiative citoyenne n’est pas particulièrement reconnue ni favorisée. La vie associative est souvent très institutionnalisée en complément de l’action publique. L’empowerment à l’anglo-saxonne n’est pas connu et quand il l’est, est soupçonné de favoriser le communautarisme religieux.

Le lien à la démocratie

La crise de la démocratie a été évoquée à plusieurs reprises et a couru en filigrane lors de nos réunions. L’empowerment est-il seulement un ensemble d’actions concrètes et/ou constitue-t-il l’amorce d’un changement dans la conception de notre démocratie ? En partant des sujets relevant d’intérêts collectifs privés ou de ceux relevant de questions plus classiques de l’action citoyenne dans le champ public, nous avons toujours réfléchi avec l’idée de construire quelque chose qui participait à un « bien commun » et nous avons donc plus ou moins directement évoqué la relation à l’action publique.

Des incertitudes

  • Intérêt particulier /intérêt général

Notre culture politique distingue nettement intérêt particulier et intérêt général, privé et public.

Il n’y a pas de place évidente pour des notions intermédiaires mi publique – mi privée, comme le « commun ».

Ce commun sans être d’intérêt général participe au « bien vivre ensemble ». Quelle place a-t-il dans l’action publique (cf. la difficile reconnaissance des démarches d’habitat partagé) ?

  • Pragmatisme /pureté idéologique

Nous avons une approche de la politique, conflictuelle sur le plan idéologique, et peu poussée au compromis. Or l’empowerment suppose de construire des alliances pragmatiques pour atteindre un but immédiat. Peut-on sortir d’une culture du ou, pour aller vers une culture du et ?

Qui est concerné ?

Notre groupe, assez largement, a privilégié une approche citoyenne de l’empowerment, plutôt que l’approche sociale préconisée par J.P. Worms comme la plupart des promoteurs de l’empowerment.

Où doit être la priorité ?

En faire une question de société plus qu’une question sociale ?
Des initiatives qui montrent qu’un empowerment à la française existe déjà mais peine à se développer

Comment ça nait ? Une nouvelle culture de l’initiative

  • Le contexte est essentiel

Un groupe peut agir localement sur un point. Plus globalement il faut un appui des Pouvoirs Publics, ou un leader potentiel.

  • Un support est nécessaire pour démarrer

Aujourd’hui parce qu’il semble difficile de faire avec les pouvoirs publics, chacun fait à côté mais avec de fortes déperditions.
Il manque un organisme chargé de la collecte des idées et des initiatives privées.
Une déconstruction de modèles normés se met en place : on change d’outils, de modes de faire. C’est davantage bottom-up. Il faut être attentif au « comment ».

  • Plusieurs éléments semblent clés dans le processus
  1. L’émergence des initiatives
  2. La constitution de collectifs
  3. L’organisation d’un leadership

Pourquoi ça ne progresse pas ? Un rapport difficile à l’institutionnalisation

L’empowerment, c’est dans tous les cas sortir de la passivité, devenir actif, les formes de l’action n’ont pas à être normées. Il faut accepter la créativité, le recours à des méthodes venant d’ailleurs comme le lobbying.
Il semblerait qu’il y ait des cycles : l’empowerment démarre, puis s’institutionnalise et la structuration peut faire crever l’appropriation. Il faut essayer de laisser de la place à l’instituant, sinon l’institué prend le dessus. Cela suppose d’instituer la fonction critique. Le principe du living lab fait vivre la créativité, le groupe devant élaborer le projet.
Dans les situations d’empowerment, il faut veiller à la vie de l’initiative. La réussite d’un projet n’est pas un gage de succès. Il faut que beaucoup de vie demeure à la base (fonction critique). Que ceux qui ont commencé à s’impliquer continuent à le faire.

Pourquoi ça ne nait pas ? Les 4 raisons de Dominique Boullier

  1. Cela peut venir du modèle d’éducation autoritaire (cf Gérard Mendel – l’autorité fonctionne par peur de perdre l’amour), de ce que les institutions fonctionnent parce qu’il y a toujours plus petit.
  2. Cela peut venir des erreurs de cible, certains tirant des bénéfices secondaires d’avoir du pouvoir sur les autres. Ils bloquent les initiatives d’empowerment.
  3. Cela peut venir de ce que certains ont connu des échecs, le management a été destructeur par frustration, il y a eu perte de confiance, les gens se disent « A quoi bon ? »
  4. Cela peut venir de ce qu’on se donne des limites, il y a des choses « qu’on ne fait pas ».

Une voie possible pour un empowerment en France ?

  • Les signes d’un intérêt nouveau

Des convergences d’initiatives significatives : le collectif Pouvoir d’Agir, le colloque de l’ENTPE, le rapport de Terra Nova.

  • S’emparer de questions « communes »

L’habitat partagé sort de la marginalité des pionniers. Le « co » se développe (co-voiturage, co-working). Il s’agit de les développer par des logiques d’essaimage plutôt qu’en faisant grandir les initiatives actuelles. Un nouveau rapport au développement doit s’inventer.

  • Inventer un nouveau rapport aux médias : la piste des nouveaux médias

L’expérience de Rue 89 Lyon reste à confirmer. Il manque encore une véritable articulation entre citoyens et journalistes

  • Une politique de l’empowerment au secours de la politique

Voir l’article de La Croix

http://www.rapoportconseil.com/save/pdf/D-RAPOPORT-sortir-du-marketing-de-la-%20peur.pdf

La question est maintenant de savoir comment accompagner l’essaimage des initiatives sans chercher à les faire grossir. En effet en matière d’empowerment, c’est le nombre des initiatives qui compte et non leur taille. Voici par quoi cela pourrait passer :

  1. Des espaces de débat où l’on ne se contente pas de râler contre le système mais où l’on recherche collectivement des pistes de solution. Locaux, non partisans, positifs, permettant de mêler des expériences et des points de vue divers.
  2. L’organisation d’un droit de tirage sur l’expertise publique pour donner corps aux solutions explorées dans les débats
  3. La mobilisation de ressources extra budgétaires, notamment via les fondations, pour mener à bien les expérimentations, faciliter leur déploiement
  4. La mise en place d’un volontariat tout au long de la vie pour dégager du temps et des compétences au service de cette nouvelle action collective
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