Histoire du projet Raconteurs

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Quand et pourquoi ce projet est-il né ?

Lorsque Agir Café s’est créé en octobre 2012, j’étais parmi les fondateurs de cette initiative qui prônait le développement de l’empowerment à travers cette aide que nous apporterions à des porteurs de projet relevant de cette notion. Mais depuis plusieurs années j’avais aussi l’intention de faire la promotion d’une forme d’engagement sous forme de « volontariat sociétal », à l’instar du volontariat des sapeurs-pompiers que j’avais côtoyé professionnellement. Et comme dans le même temps, mon fils et ses copains étaient dans les affres de l’orientation scolaire, j’ai eu l’idée de proposer à Agir Café de m’aider à développer un projet « volontariat d’aide à l’orientation des jeunes », proposition qui a été acceptée.

En quoi ce projet ressortait-il de « l’empowerment » dans mon esprit ?

Le besoin social d’aider les jeunes à mieux choisir une activité professionnelle me semblait et me semble toujours ressortir du « bien public », c’est-à-dire d’un besoin avéré, en l’occurrence assez mal couvert globalement, intéressant le plus grand nombre et n’enlevant rien à personne. Un « mieux social » donc, ne comportant que des avantages… L’idée du volontariat me semblait aussi ressortir de l’empowerment car elle traduit concrètement que, contrairement à ce qu’on nous répète à longueur de temps, le citoyen peut avoir le goût de l’engagement « à lucrativité limitée » et justement pour le bien commun… et qu’en plus le recours à ce volontariat peut dégager des moyens gigantesques au service de l’utilité publique, dans un temps où on se plaint de ne pas avoir assez de ces moyens et où les budgets ne permettent pas, comme dans le passé, de résoudre les besoins par l’accroissement du nombre d’agents salariés. Bien sûr, ce projet ne ressort pas de l’idée d’une lutte, comme dans le community organizing, source historique de l’empowerment, mais plutôt de celle de l’octroi de plus de pouvoir aux individus ou aux groupes pour agir sur les conditions sociales, économiques, politiques ou écologiques qu’ils subissent selon Wikipédia. C’est plutôt un projet d’amélioration que de lutte, mais comme je n’avais pas de lutte sous la main…

Comment s’est passé le démarrage ?

Les accompagnateurs du projet issu du collectif Agir Café m’ont tout de suite averti qu’ils ressentaient une difficulté dans le fait que le projet était double, comportant une part « orientation » et une part » volontariat » et que cela risquait de faire courir après 2 lièvres à la fois… Quoiqu’entendant cette difficulté, je n’étais pas prêt à renoncer à un des deux aspects et j’ai donc démarré sur cette base. La première étape a consisté à coucher le projet, ou plutôt l’idée (j’y reviendrai) sur le papier ; cela a pris 3 mois… A ce stade, je précise qu’une des difficultés pour moi était que, investi dans un métier prenant et des activités personnelles également dévoreuses de temps, j’avais du mal à consacrer assez de temps à cette nouvelle recherche. Première leçon: il faut du temps pour porter un projet, et à moins de pouvoir s’y consacrer totalement, il faut admettre que l’action s’étalera sur de nombreux mois, voire années…

Et ensuite ?

De février à juin 2013, le document que j’avais produit a pu être montré à des acteurs du domaine de l’orientation. Tout d’abord à un grand élu de la Région : obtenir une réponse de sa part m’a pris un mois… et cette réponse, quoique compréhensive, a été décevante tout en me ramenant à la réalité des institutions. En effet jusqu’alors, je m’imaginais plus ou moins que toquant à la porte d’une grande collectivité, voire d’un service de l’Etat, avec mon idée sous le bras, j’allais probablement au bout de quelques contacts trouver un « mécène politique » qui me  prendrait dans ses bras, saluerait mon originalité et mettrait à ma disposition les moyens publics dont il disposait… Deuxième leçon : les décideurs voient passer des dizaines de projets chaque semaine et ils sont peu enclins à saluer « une idée qui passe », dont ils ne savent pas d’où et de qui elle vient… Il faut rassembler beaucoup plus de matière pour les impressionner qu’un simple mémoire… L’idée ne suffit pas.

J’ai recueilli aussi les avis d’autres personne du monde de l’éducation grâce aux contacts des accompagnateurs de mon projet. Dans l’ensemble pas mal de retours plutôt favorables, mais toujours assez prudents. On sentait bien là aussi que les personnes interrogées se demandaient d’où sortait cette idée, qui par construction commençait par dire que l’Education Nationale gérait assez mal l’orientation de ses ouailles… Je n’avais pas de mal non plus à percevoir la difficulté qu’il y aurait à faire admettre aux conseillers d’orientation-psychologue (COP) des lycées, en pleine crise statutaire puisque leur tutelle devait passer de l’Etat aux Régions, à leur faire admettre donc qu’ils devraient se coordonner avec des citoyens volontaires, quasiment des maquisards !, entrant dans les établissements et avec qui ils devraient concerter… La simple idée que je portais se révélait si déstructurante qu’elle n’avait aucune chance d’être imposée « d’en haut » par un décideur pour mes seuls beaux yeux… Troisième leçon : l’idée originelle est une chose, le projet en est une autre et si on veut déboucher, il faut quitter le domaine de la conception pour passer à celui de l’application.

Changer son fusil d’épaule pour mieux le porter ?

En septembre 2013, lors d’un repas avec « mes » accompagnateurs, je pris, en accord avec eux, la décision de simplifier l’approche sur 2 plans. D’une part, il fallait renoncer à faire porter au projet la demande de création d’un statut pour les volontaires sociétaux. Ce statut qui reste toujours à terme dans mon esprit un objectif très motivant, est malheureusement trop vaste et trop lourd pour être embarqué « en double » dans un projet porté par un simple citoyen… D’autre part, il fallait cesser de parler « d’orientation » pour ne pas entrer en concurrence frontale avec le monde de l’éducation et les COP…

8076826545_4b6c5387b6D’où l’idée de rebaptiser le projet « racontons nos métiers », et de le présenter plutôt comme la volonté de faire témoigner (« raconter ») des citoyens ordinaires (ne revendiquant pas a priori un statut X ou Y) de leurs métiers devant des élèves, sans entrer dans les questions d’orientation, mais simplement pour assurer ces jeunes de cette idée toute simple, à savoir qu’il est possible de choisir et d’exercer des métiers passionnants dans tous les domaines de la société…

Et choisir un modèle de fusil plus adapté à son projet pour le porter plus facilement …

En janvier 2014, dernière inflexion en réalisant collectivement que l’intérêt réel de ce qui précédait, n’était pas de « raconter les métiers » mais de « raconter les itinéraires professionnels », ce qui nous permettait d’une part de nous démarquer fortement du champ strict de l’orientation, et d’autre part de revendiquer une démarche originale…

L’année 2014 a été donc consacrée à «recruter » les premiers raconteurs sur cette base (nous sommes quinze à présent), à construire un dossier de présentation, à prendre l’attache du Rectorat de Lyon (qui nous réservé un accueil favorable), et à démarcher auprès de chefs d’établissements potentiellement intéressés.

La démarche débouche sur une première intervention programmée le 2 décembre à Lyon 1 !

Et maintenant ?

De ce qui précède, il découle qu’il faut que je crée dorénavant un groupe d’une dizaine de « raconteurs » volontaires (mais sans utiliser le mot…), groupe suffisamment varié pour pouvoir prétendre à la représentation d’un nombre suffisant de professions, et que dans le même temps j’élabore avec ce groupe un mode opératoire suffisamment crédible pour pouvoir le présenter à des chefs d’établissements qui seraient intéressés par cette initiative.

Bien sûr, cette initiative serait conçue comme susceptible de céder son ADN à tout organisme voulant s’en emparer pour l’élargir… Mais ça, c’est dans un an ou deux. L’effort des prochains mois c’est la quatrième leçon : passer d’une grande idée portée par rien à une petite action portant une grande idée…

Il nous reste à conforter le projet, à recruter encore des raconteurs de toutes origines et à trouver de nombreux établissements pour nous recevoir… Nous verrons aussi à rencontrer en 2015 des « associations sœur » pour comparer et enrichir nos pratiques. Au fond, l’effort des prochains mois c’est la quatrième leçon : finir de passer d’une grande idée portée par rien à une petite action portant une grande idée… On vous tient au courant… et si vous êtes intéressés écrivez nous raconteursitinerairesprof@gmail.com !

Pour en savoir plus sur l’association

Sur le campus de Bron, le 3 décembre à 8 heures, ils étaient 5 raconteurs à tester le projet devant 40 étudiants de l’unité d’enseignement « Ingénierie, Eco-Conception et Développement Durable ».

L’expérience a été appréciée positivement, autant par les étudiants que par les raconteurs. Tous les membres de l’association sont donc prêts pour partager leurs histoires de vie professionnelle

Crédits photos Benoît Crouzet

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