Novembre 2015

Agir Café invite Pierre Rosanvallon

Agir Café invite Pierre Rosanvallon le 8 février 2016 à l’UCLY au campus Saint-Paul.

S’il est largement connu pour ses contributions d’historien et de sociologue, Pierre Rosanvallon a aussi pris l’initiative de « raconter la vie » et d’animer un débat d’idées propre à renforcer le pouvoir des citoyens.
L’objet de cette rencontre est de rassembler des personnes intéressées par les questions d’avenir de notre système démocratique à la fois pour l’écouter et discuter de son dernier ouvrage « le bon gouvernement ».
Pour en savoir davantage, Dominique Gaudron a présenté synthétiquement les analyses et propositions de Pierre Rosanvallon :

Sa thèse centrale est que l’on est passé d’un enjeu de représentativité des citoyens à un enjeu d’efficacité de l’action publique.
Dans sa période émergente, l’enjeu démocratique se focalise sur la représentation des citoyens, à travers les assemblées élues chargées de voter les lois, les partis politiques représentant les différentes options idéologiques qui leur sont proposées.
Alors qu’aujourd’hui, avec le déclin des idéologies et des grands collectifs au bénéfice de l’individualisme et des communautés, les partis politiques ne sont plus pertinents et l’attente des citoyens se focalise sur la réponse que les politiques publiques peuvent apporter à leurs besoins, et donc une demande d’efficacité qui ne s’adresse plus au corps législatif mais aux responsables exécutifs, en charge de définir et d’appliquer des lois et des politiques qu’ils ont fait voter par le corps législatif. La question du bon gouvernement vis-à-vis des citoyens devient donc centrale (l’exercice du pouvoir)
Tous les pays connaissent cette évolution vers la primauté de l’exécutif, à des degrés divers et sous des formes diverses (régimes autoritaires, présidentialisation dans les pays démocratiques)
L’attention du citoyen se focalise donc sur sa relation aux gouvernants.

Rosanvallon en tire deux enjeux pour la relation gouvernants-gouvernés :

  • Un enjeu d’appropriation des politiques, qui repose sur la lisibilité (vs. visibilité) de ces politiques (recouvrant la question de l’accès aux informations, open data,… – avec un certain rôle des organisations indépendantes type Haute Autorité), et la responsabilité (autour notamment de l’engagement des responsables et des procédures de « rendre compte ») et la réactivité des gouvernants (basée sur les notions d’écoute et d’interactivité)
  • Un enjeu d’établissement de la confiance entre gouvernants et gouvernés, autour de la vertu, de l’intégrité (transparence des actions menées, protection de la vie privée, avec deux types d’outils ; des Hautes Autorités et des sanctions en cas de comportement inadéquat) et du parler vrai (discours accessible, en lien avec la réalité des gens)
    Pour le dire autrement, la première révolution démocratique a été celle du suffrage universel (démocratie d’autorisation), la seconde doit être celle de l’exercice de la démocratie, qui renvoie à de nouvelles formes d’organisations (Occupy, mais aussi Podemos, Syriza,…), ce qui suppose de créer un « quatrième pouvoir » centré sur les citoyens. Pour cela il propose plusieurs formes « d’institutions »

    • Conseil du fonctionnement démocratique
    • Commissions publiques (composées d’experts, de citoyens tirés au sort, d’ONG) contribuant à l’évaluation et à la révision des politiques publiques
    • Organismes de vigilance citoyenne (type lanceurs d’alertes, reconnues officiellement)

Au final, il considère qu’à la démocratie concurrentielle (celle qui propose aux citoyens des orientations politiques au moment des élections notamment) doit s’ajouter la démocratie fonctionnelle (celle qui implique les citoyens pour rendre ces politiques efficaces à leur service) qui, contrairement à la première, doit dégager des consensus et non des oppositions. Cela doit permettre de sortir du processus « promesses-déceptions » qui lui semble caractériser la seule démocratie concurrentielle.

Dominique Gaudron conclut en proposant des pistes de réflexion :

  • Comment faire société à partir des initiatives (politiques, économiques, sociales,..) prises par les citoyens ?
  • Comment articuler ce mouvement bottom-up avec l’action publique classique top-down,  en prenant l’exemple entre autres de la politique de la ville (cf. CRDSU)
    • Faut-il favoriser des collectifs de groupes ou d’associations qui vont interpeller les élus ?
    • Amener les élus à intensifier les démarches de consultation et de débat public ?
    • Les deux ?

Le débat a permis de préciser quelques questions qui pourraient utilement être enrichies et présentées à Pierre Rosanvallon, chacun étant par ailleurs invité à apporter une contribution sur le site agircafelyon@gmail.com

  • N’y a-t-il pas un risque d’aboutir à un nouveau centralisme, et de créer de nouveaux organismes plus ou moins bureaucratiques ?
  • Ne prive-t-on pas le citoyen de sa capacité d’initiative en ne lui laissant qu’une place de contrôle a posteriori de l’action des politiques ?
  • Va-t-on créer réellement plus de confiance ?
  • Quels outils d’observation et de régulation, et de soutien seraient installés pour accompagner l’émergence d’initiatives du « peuple » ?
  • Comment prendre en compte la transformation d’une idée confrontée à un processus délibératif de réappropriation collective ?
  • Le pouvoir n’a-il pas peur des compétences des citoyens et de leurs capacités à les mettre en œuvre ?
  • N’y a-t-il pas à construire et entretenir localement une sorte de terreau, de bouillon de culture permanent sur le bon usage de nos pratiques démocratiques ?
  • N’y a-t-il pas intérêt à pointer les difficultés concrètes que rencontrent les initiatives citoyennes au moment où elles se confrontent aux pouvoirs institués ?

De nouvelles envies d’agir

Cohab’generation

Myriam porte l’envie de créer une structure d’aide au développement d’habitat intergénérationnel.
Devant le constat de la difficulté à entretenir dans la durée un habitat partagé, elle estime qu’il y aurait matière à accompagner locataires et loueurs dans leur parcours de vie. Le projet est accompagné par Jean-Pierre.

Un lieu de ressources dans le quartier

Nombre d’habitants sont un peu perdus dans l’appréhension d’une ville de plus en plus complexe. L’idée serait de créer des lieux d’accueil, de mise en relations des habitants et de leurs compétences, dans des quartiers qui ne bénéficient pas de la politique de la ville, tout en ayant des besoins similaires. La fédération nationale des centres sociaux a engagé une douzaine d’expériences-pilotes. Jacques accompagne le travail de qualification du projet.

Les initiatives d’Anciela

Une démarche de communication de proximité est engagée par Anciela pour faire connaître les initiatives citoyennes. Un « panneau des initiatives » est placé à la mairie du 3e, un « kiosque médias » installé Montée de la Grande Côte

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